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 Archives des Productions "Concours"

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Y a Des Marqueurs
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Age : 24
Localisation : Avec DSK

Lun 8 Sep - 11:04



Archives du Concours N°1





Sujet : Relater Un Moment Marquant dans l'Histoire de Votre Personnage

Texte de Nalysa



Lettre enroulée dans une tombe, quelque part.

Il n'y a pas de mots.
Pas de mots pour décrire l'immensité de la souffrance.
Pas de mots pour décrire l'immensité de la perte.
C'était terminé. Plus de retour en arrière. Plus de moyens de s'en sortir.
Même les plus fous sont bannis.
Mais que vais-je bien pouvoir faire, Tendresse?
Tu me laisses, je sais que je serais digne. Mais que faire? L'immensité sans toi me parait insoutenable.
Vivre à 100 km/heure. Mais vivre ou? Et pourquoi? Tu aurais été si fier de savoir, qu'il y a deux petits toi, en moi. Ils vivront en sachant que leur père était un héros. Un héros fou. Un héros de la nuit.
Je serais forte, et digne de ta promesse. Je ne plierais pas, car tu n'as pas plié. Je sais que tu reviendras chanter à ma fenêtre les nuits où les larmes seront trop épaisses et douloureuse.
Mais que vais-je bien pouvoir faire, sans toi, Tendresse?
Les mots sont difficiles à sortir. Les condoléances difficiles à accepter.
Tu aurais ri, ri de toutes ces personnes affairées à pleurer ta perte. Mais moi je ne pleure pas. Je sais que tu l'as tant voulu, cette paix. Je sais que tu y es bien. Et je sais que tu es là, quelque part. Car même les Brumes ne sauront te retirer à moi.
Mais que vais-je bien pouvoir faire de tout ça, Tendresse?
Qui me fera danser? Qui me fera encore sourire et aimer? Nos enfants. Oui nos enfants seront la plus belle des créations. Je le sens. Dans mon ventre d'Ettins. Je sens qu'ils seront bons, mais peut-être énigmatique.  Alors je vais vivre pour eux, encore en Tyrie quelques temps.
Et quand il sera temps, et que tu m'auras appelé à tes côtés, alors je viendrais.
Car je suis tienne pour toujours et au délà de chaque monde, de chaque mort, et de chaque vie.



Texte de Duncan



"Je sors ma lame de mon fourreau, je tranche la nuit. Mon ennemi s’enfui, blessé à la jambe, son sang odorant visible dans la nuit, contrastant avec le noir du lieu. C’est étrange, c’est comme si le sang brillait, laissant une trace rouge luisante à travers ce noir total. L’aura de l’homme faiblit petit à petit qu’il s’enfuit. Je marche dans les traces de sang, nous ne sommes pas en ville, nous sommes en forêt, il gémit mais je ne vois ou perçois plutôt que son aura et celle des animaux avoisinant. Je sens l’odeur de son sang qui renforce mon ivresse actuelle, non point que je sois saoul, non point que je sois sous l’emprise de substances non… Mais le pouvoir… il m’embrouille l’esprit.

- Cours, tues, tu en as envie… Sois un monstre, sois la bête que tu es vraiment!

Oui….

Oh oui j’en ai envie, j’ai l’impression de flotter, de glisser alors que je cours, d’être un fantôme, d’être un griffon, j’ai l’impression de voler je crois, les bruits tout autour de moi vibre, tout vibre, tout. Les images, les sons, les sensations, j’entends des hurlements et des rires métallique dans ma tête et toujours ma proie qui court, il sort une arme de jet, une hache je crois, en tout cas je la vois se planter dans ma jambe, j’ignore cette lame désespéré qui tombe alors que ma jambe commence déjà à cicatriser. Je sens l’odeur de mon propre sang et je ris. J’attrape enfin ma proie qui gémit de douleur en sentant ma poigne ferme et trop solide pour un homme normal de ma carrure, je serre, je serre, je serre, je serre, je serre, je serre, je serre, ça craque, je serre, je serre, je serre, je sens la peau de son cou se déchirer, je serre, JE SERRE ET ENCORE ET ENCORE…

Une tête qui tombe et mon corps qui s’effondre. Je n’ai plus aucune force et je sens ce sang, mon sang, cette odeur qui me grisait mais qui sur l’instant m’horrifie. Je sens ce sang me couler des yeux et mon corps prit de spasmes. Je cherche à garder mes yeux ouverts mais c’est comme si j’étais ébloui par un feu brulant, je cède et je ferme les yeux, le feu est à l’intérieur de mes yeux.. Je sanglote et pleure de l’eau salé et du sang, mes larmes coulent le long de mon visage pour atterrir su le corps décapité de cette homme dont le nom m’échappe à présent, surement un ennemi, surement pas un ami, son aura, son odeur, elle n’était pas celle d’un ami. Je roule sur le côté en haletant, un homme grand avec un catogan se penche sur moi et commence à me soulever

- Oy oy oy oy oy cher cousin, tu as encore laché prise ! On t’a pourtant dit e lever le pied de temps à autre Oyoyoyoyoyoyoyoyoy

- La ferme Oderick….

Il me hisse sur un chariot et incinère le corps de ma triste victime, enfin, c’est l’odeur et le bruit que ça a. Il place une bâche sur mon corps et fouette la bête de trais. Ma tête me vrille, tout bouge autour de moi et tout sombre..

Enfin le silence salvateur du sommeil."



Texte de Samedi (Gagnant)



Mes lèvres tremblent.

Alors que je le sens ramper sous mes vêtements. Doucement. Caressant mon écorce délicatement.
J’essaye de contenir le feu qui naît dans mon ventre. De retenir mes lèvres de trembler. Mais il me nargue.

En face de moi, mon interlocuteur ne se doute de rien. Il ne le voit pas. Il ne voit pas ses doigts ramper sur moi. Mes yeux se perdre dans le vague, au fur et à mesure que je lui cède. Doucement. Délicatement. Imperceptiblement.

De mes cuisses jusqu’à ma taille, il allume le feu dans mes entrailles du bout de ses doigts. Ma respiration s’accélère. J’exhale un souffle tremblant. Il reprend sa route. Je sais que le moment ou il atteindra mes lèvres, je serais perdu. Perdu à nouveau, encore une fois, dans ses bras. Est-ce que j’en ai envie ? Est-ce que c’est ce que je veux ? Non… Non je ne veux pas. Mais le désir éveillé en moi est… Trop irrésistible.

Je vois le visage se brouiller en face de moi. Cet humain n’était plus qu’un spectre. Il ne m’importait plus, alors que je referme doucement le voile de noirceur sur mon âme pour être seul avec l'autre. Mon désir. Mes pensées s’égarent. Elles changent. Mes inhibitions disparaissent, comme si des bras libérateurs m’enlaçaient, me détachant de toute morale inconsciente.

C’est si… Reposant.

Un calme, un silence à la fois bienfaisant et douloureux. Un océan de paix et de désespoir. Je ne ressens plus rien. Je ne captais plus les mots sans paroles de mes frères et sœurs. J’étais… Seul. Avec mon désir. Avec cette noirceur. Ce… Désespoir.

ça effleure mes lèvres.
Ça y est.
Je suis mort à l’intérieur.

Il susurre des mots à mes oreilles alors que je tente de m’extirper de la douce et douloureuse torpeur. Je hurle, mais les appels à l’aide rebondissent sur les murs de mon esprit. Tout dégouline. De ces horribles ténèbres. J’ai besoin de me sentir vivant. J’ai besoin de satisfaire ce désir trop longtemps réprimé, là, maintenant, tout de suite.
Est-ce que c’est ce que je veux ?

Je suis mort à l’intérieur. Lentement je me détache. Je me replie. Un pas, deux pas en arrière de soi. Et je vois ma propre noirceur prendre mon corps, avec une brusquerie presque sensuelle. L’humain ne voit rien arriver. La poigne de ce moi qui n'est pas moi, elle est si brusque, si ferme, d'une soudaine sauvagerie que personne n’aurait soupçonnée dans ce corps maigre. Des doigts végétaux dans la bouche de l'humain lui déchirent le palais, les autres sa gorge par morceaux. Je sens couler la chaleur sur ces doigts qui ne semblaient plus être les miens. Le goût dans ma bouche. Amer. Comme cette excitation malsaine dont je n’arrive pas à me départir.

Bientôt je m’ébrouerais à nouveau, me débarrassant de ces miettes de désespoir et de noir qui me collent comme un chien de l’eau sur ses poils. Je serais à nouveau là. Hébété. Ses doigts se retireront lentement de mon âme pour s’enfoncer dans des profondeurs que je ne soupçonne pas en moi. Et il reviendra. Quand je faiblirais à nouveau.

Doucement je me réveille, les mains humides, rougies, la bouche salie.

Mon Cauchemar se retire.

Mais je sais... Qu'il ne finira jamais.





Dernière édition par Yaden Arker le Mer 1 Avr - 21:48, édité 7 fois
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Y a Des Marqueurs
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Mer 1 Avr - 21:45



Archives Du Concour N°2




Sujet : Remonter la Pendule et décrivez cette Heure dans l'enfance qui changea votre personnage à jamais.

Texte de Taupe




Sombre journée que celle du dix-neuvième jour de la saison du Phénix 1314. Défaite d'une importante force armée sur le camp fortifié de la Flamme nommé Invictus.

Il y a treize ans, j'ai subi la pire chose qu'il peut arriver à un Charr, le Khan m'en témoignera, j'ai perdu ma troupe, mon honneur, ce que j'étais, et en échange j'ai gagné une cicatrice que m'a laissée la Flamme.

Lors du combat sur ce que j'ai nommé moi-même le front d'Invictus, j'ai perdu connaissance. Entre le moment où j'ai pris le coup qui m'a envoyé manger la poussière et le moment où je me suis réveillé pour de bon, je me rappelle avoir ouvert les yeux. J'étais encore dans le camp et mon corps ne m'appartenait plus, j'étais tellement éreinté que mes membres ne réagissaient pas. C'est ce qui m'a sauvé et ce qui m'a torturé.
Tous les autres étaient allongés de part et d'autre de moi, à droite comme à gauche, l'odeur de sang bouilli et de chair fondue prenait tant aux naseaux que ma première bouffée d'air brûlant failli me faire vomir, la fumée, elle m'en empêcha, elle griffait la gorge me volait mes poumons, dès que j'inspirais. Finalement, la douleur me rappela à la réalité, et cette douleur fut loin d'être idyllique, du genre de celle qui vous faire savoir que vous êtes bien vivant. Non, celle-ci me ramenait juste pour me faire savoir que j'allais mourir, j'ai mal au crâne rien qu'à y penser.

A chaque bout bout de la ligne macabre que l'on formait, allongés sur la terre stérile, se tenait un chaman de la Flamme, deux vrais tarés. Ils se penchaient sur le Charr en face de qui ils étaient, posaient leurs pattes sur son torse puis quelques secondes plus tard, se tournaient vers leur futur cible, se rapprochant inexorablement un peu plus de moi.
Évidemment, je voulais me barrer, j'essayais, j'étais mort, alors je suis resté et pour ma peine et mon manque de persévérance, j'ai souffert. Mon tour est venu, j'ai arrêté de respirer, ma meilleure chance de survivre, bizarre hm ? Mais ça a pas empêché ce bâtard d'arriver devant moi. Languefumée, j'avais capté son nom lors d'une discussion, on entend toujours avec les yeux fermés.

Il a fait le même truc qu'à tous les autres, il s'est baissé en avant, tant que j'aurais pu voir ses crocs gris comme la cendre ; il a ensuite posé ses sales pattes sur mon torse et ç'a commencé à me démanger, petit à petit, comme quand on vous verse lentement de l'eau dessus et qu'on la laisse se répandre pour vous tremper entièrement. Enfin, cette douce démangeaison m'abandonna -il fallait s'y attendre- pour être remplacé par une sensation de feu qui me dévorait de l'intérieur, me calcinant la cage thoracique et me donnant envie de m'ouvrir le ventre pour laisser mes entrailles fuir mon ventre.
L'envie de hurler me prit, mais je ne pouvais le faire, ni physiquement ni pour continuer à vivre, tant et si bien que je me suis mordu la langue au point de laisser couler un large filet rouge sur ma gueule.
Les autres ni prêtèrent aucune attention, je n'ai jamais su pourquoi, ça leur paraissait normal ?
En plus de me blesser de pareille manière, je me suis crispé, d'abord pour m'empêcher de bouger, mais aussi dans l'espoir et le but de me vider de mes dernières forces pour rejeter cette douleur venue de moi même.
Une fois le chaman relevé, la démangeaison revint, s'installant cette fois durablement dans mon thorax et dans mon torse, mais je savais que le moment venu, cette chose que m'avait refilé le Flammeux me brûlerait réellement, en me faisant roustir à cœur.




Texte de Lilly


L’odeur.

« Elle était heureuse. La petite poupée sortant du sommeil. »

« Elle venait tout juste de se lever. Une robe de soie et de satin était disposée sur son lit, rien que pour elle.  Tout était là. Des jupons suspendus sur un chevalet,  aux bijoux de cheveux pour la coiffer. Tout était prévu pour la rendre jolie. Et heureuse.
Dieux, qu’elle était contente. Elle chantait à tue-tête sa berceuse, s’aidant de ses amies mécaniques pour s’habiller.
De biens étranges camarades que ces automates d’ailleurs. Capable de se mouvoir dans l’espace et répondre à l’appel silencieux de l’espiègle chérubin.

Elle les adorait tant elle aussi. Ses amies qui pouvaient jouer et vivre avec elles à toute heure de la journée. Non pas que la petite fille n’aimait pas les autres enfants. Mais ils lui semblaient si différents : ils jouaient à la guerre ou aux adultes. Ils dénigraient les jeux de leur âge. Pourquoi devenir grand? C’est bien plus amusant de rester petit et insouciant de tout.

La jolie impératrice enfila sa robe de cérémonie. C’était un beau dimanche. Son tendre père lui avait promis de l’emmener près des cascades de Shaemoor pour pique-niquer. Elle avait déjà tout prévu. Jeux de quilles, jeux de cartes, jeux de dés et bien sûre, jeux de marionnettes. Quelques morceaux de pain feront l’affaire et surtout, une tonne de viennoiserie ! L’adorable mutine adorait les gourmandises, surtout quand il y avait du chocolat. Et c’est dans cette bonne humeur qu’elle descendit de sa chambre pour embrasser son père adoré.

Quand la porte s’ouvrit brutalement.

Un bruit métallique et répété qui se fit entendre avec fracas. Elle avait eu peur. Blottie dans les bras de son père, qui avait arrêté de cuisiner. Une odeur de charcuterie embaumait la pièce de vie, laissant un goût amer en bouche. Trop forte pour la petite fille. Cinq hommes de métal étaient alors entrés dans leur maisonnée. Cinq brutes qui étaient vêtus d’écailles et de pics. D’objets pointus à leur tête et à leur taille. Ils parlaient fort, et secouaient un papier avec leur bras désarticulé. Qui était ces monstres ? Qu’est-ce qu’ils voulaient ?
Une main géante se posa alors sur sa tête, avec douceur. L’aimant père la regardait de ses yeux ambrés, avec un magnifique sourire.
« Tout va bien se passer. D’accord ? »
Elle arrêta alors de pleurer. Montant à l’étage de nouveau, comme il lui était gentiment demandé. Elle ne voulut pas se séparer de lui mais il était tellement insistant. L’espiègle l’embrassa alors une dernière fois sur sa grosse joue, puis attendit, nichée dans son perchoir.

Il se passa un long moment, avant qu’elle ne sursaute. Des cris animaux résonnèrent dans l’habitacle. La petite enfant se cacha alors dans les escaliers. Les bêtes en métal partaient de la maison avec son père, laissant la porte ouverte. Elle remarqua alors que l’un des cinq monstres portait deux baluchons de lin sur ses épaules.
Elle fronça les sourcils, ne comprenant pas. Hésitante, elle revint au lieu de tourmente. La curiosité l’amenant au milieu de la pièce. Elle remarqua alors qu’une porte était ouverte à sa droite, sous une alcôve. De la lumière y émanait faiblement, esquissant un petit escalier descendant. Elle respira un long moment, puis s’engouffra dans les ténèbres, emportant avec elle une lampe à huile, posée près de l’ouverture.
Marche après marche. Sa robe fouettait le bois grinçant, en rythme sous son pas. Donnant une ambiance lourde et pesante au silence de ce tunnel. Comme le tic-tac permanent d’une horloge.

Arrivée au bout, les torches de la cave étaient aussi faiblement allumées. Dans un coin, près d’un des murs en pierre, se tenait une quinzaine, peut-être même plus, de petits baluchons aussi grands qu’elle. Elle renifla. Le parfum de viande s’était amplifié, l’obligeant à porter sa main potelée sur sa bouche pour atténuer l’odeur. Il faisait tellement froid que l’humidité en était presque palpable.
En s’approchant des petits sacs, elle posa la  lourde lampe à terre, près d’eux. La lumière vacilla, révélant pour l’une des besaces, des petits fils de crins noirs et épais, sortant discrètement de son ouverture. Penchant la tête de côté, elle effleura la corde enroulée autour du sac. Elle tira alors sur cette dernière, légèrement.

Si légèrement. Que le sac de lin tomba à ses pieds, comme un rideau de scène en fin d’acte. Expulsant dans sa chute, le reste d’une peau qui ne semblait pas animal. Un revêtement humain.
Non.
Un humain. Sans os. Seul le crâne semblait resté intact avec la peau délicate. Et pas de sang. Si peu de rouge dans cette carcasse. Elle semblait légère. Si légère.
Paniquée, elle en ouvrit un autre. Puis un autre. Les crins de cheveux variant entre le rouge, l’or, le brun, et le noir.

Tous ces corps avaient un visage horrifié. Un regard exorbité de peur et de supplication. Sur un dernier souvenir, stoppé d’un coup sec. Résultante de leur état actuel. C’étaient des petites filles, pas plus grandes qu’elle. Pas plus vieilles. Dans l’un des cercueils de fortune, se cachaient même plusieurs nourrissons, qui n’avaient même pas un an.
Toutes sans exception, dénuées de vie, dénuées de squelette.

La lampe alors s’éteignit. Et le cœur de la petite fille se déchira en un cri effrayant et sinistre. Une déchirure qui résonna avec une telle force que son corps céda. Que ses brûlures se réveillèrent.
C’est dans cet enfer de réalité, qu’elle tomba dans l’inconscience.


C’est dans l’inconscience, que Lilly Doll perdit son insouciance. Et son enfance. »




Texte de Duncan




Je me souviens ce jour de la saison où les arbres prennent une teinte de feu. Ce jour-ci, les basses terres du royaume d’Ascalon étaient couvertes de ce manteau roux, les arbres aux troncs blancs étaient droits, massifs.

L’avant-garde avait mené des escarmouches meurtrières sur les troupes de la coalition Charr, faisant reculer le front et Père m’emmena chasser avec lui le cerf.


Tout semblait aller pour le mieux, je courrais dans les feuilles mortes, leur humidité glaçant mes petites jambes dans mes bottes de cuir, salissant mon manteau de jeune noble Ascalonien.
Je me souviens encore mon ami, j’avais 5 ans, et toi, tu n’étais qu’un louveteau
                                                                                     
Je me souviens du parfum humide de l’humus, le vent froid venant du nord, je me souviens mon père à l’époque bienveillant et aimant, je me souviens de tout ça… Je me souviens du parfum de la mousse sur le bois, le parfum de l’air, je me souviens que je me prenais pour un grand chasseur avec mon petit arc pour enfant. Je me souviens de chaque détail de cette journée mon ami, de notre journée.
 
Je me souviens ce jour de la saison où les arbres deviennent roux et pleurent du feu. Ce jour-ci, Père m’avait dit « restes ici Duncan, il y a un sanglier, je vais m’en occuper, reste avec ton parrain ». Je me souviens de la tape sur la tête de la part du baron Connor Kholer et de ce rire amusé après une blague de mon père qui lui disait de ne pas me laisser le tuer.
 
Je me souviens du parfum et de ce bruit de feuille qui craque. Je me souviens de cette histoire que mon père me contait souvent.
 
Il y a environ 250 ans le jour de la fournaise, un Charr, Vaatlaw Croc-Funeste, réussi à s’infiltrer derrière le grand rempart nord aidé par des Grawls.
 
Et ce jour ci, j’avais la désagréable sensation, d’être un de ces paysans Ascaloniens prit au piège face au Charr.
 
Je me souviens ce jour de la saison où les arbres se dénudent après avoir pris une tenue d’or. Ce jour-ci, Duncan Connor Godrik Alastar Griffen, vit pour la première fois des Charrs. J’étais terrifié devant ces monstres de fourrure et de fer. Je me tourne vers mon parrain qui ne rit plus, je me souviens avoir cru qu’il pleuvait ce jour-là, mais ce n’était pas les larmes de Melandru qui tombaient sur mon visage ce jour-là, c’était le sang du crane de mon parrain, défoncé par un tire des armes charrs qui font le bruit d’un tonnerre, alors qu’il tombait, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, alors que je me voyais mort, je prit une flèche et je bandais l’arc de mes petits bras. Je me souviens des rires et des menaces, de ce que me promettaient les Charrs, si je n’agissais pas ce jour-ci, je finissais en steak.
 
Je me souviens de la musique que fit la flèche en filant, de la sensation de peur et d’effroi quand je la vie se planter dans l’œil du Charr, de cette chaleur dans mon petit corps quand je les ai vu commencer à rugir et à me courir après, laissant leur compagnon mort se vider de son sang par l'oeil.
 
Je ne me souviens pas comment je leur ai échappé, comment j’ai fait pour ne pas mourir.
 
En revanche je me souviens de lui, et de toi. Je me souviendrais toujours d’Henry Crane, Ce prêtre de Melandru.. Je m’en souviendrais toujours je pense oui.
 
Je me souviens ce jour de la saison où les arbres commencent à mourir. Ce jour-ci, cette troupe Charr, les Funestes, en hommage à Vatlaaw venait de perdre l’opportunité de s’infiltrer dans Noirfaucon à cause d’un garçonnet.
 
Je courrais aussi vite que cela me le permettait, les Charrs filaient entre les arbres et allait bientôt finir par m’encercler, je me souviens la peur qui soulevait mon petit corps, je me souviens le vide que je sentis en glissant dans cette crevasse.
 
Je suis revenu depuis sur les lieux de notre rencontre mon ami, ce n’est plus qu’une partie du stigmate maintenant.
 
Je me souviens la sensation de douleur sur ma cheville que je venais de me fêlé. Je me souviens aussi les Charrs qui finirent par m’encercler.
Je me souviens le goût salé des larmes et du mucus, la brulure sur mes joues que ls larmes me causaient.
 
Et je me souviens de ce moment. Un des charrs se figea en regardant ses pattes arrière et en découvrant que des lianes remontaient le long. Sur le moment je n’entendais plus rien, plus un son, ou alors des traces de sons, des idées de sons. Je me souviens en revanche nettement du bruit que la nuque du Charr fit en se brisant alors que les lianes lui tiré la tête par les cornes avec violence. Je me souviens du goût du sang de ce charr qui se fit perforé la gorge par le bâton du prêtre, ce sang rouge et chaud qui m’arriva sur le visage. Je me souviens avoir perçu les cris des Charrs quand les tiens arrivèrent.
 
Quelle chasse folle c’était. Des griffons, des ours, et surtout… les loups, ta famille mon ami, je me souviens de toi, petite boule de poil qui alors que les tiens déchiraient la troupe de Charr, je me souviens de toi qui venait me léché ma cheville que j’avais mise à nue pour voire les dégâts, elle était enflé et bleu. JE me souviens du petit couinement que tu fis vers moi, avant que je ne relève la tête vers mon bienfaiteur. De son masque en bois représentant la tête des avatars de Melandru, je m’en souviens aussi. Je me souviens de l’esprit de la nature qu’il invoqua à ce moment-là et de la sensation sur ma cheville.
Je me souviens de mon père qui arriva en courant, et qui remerciait le prêtre itinérant. 


Je me souviens enfin, de toi qui vins te blottir contre mon bras..
..Tydus.




Texte de Yaden


LE VIDE DES VIVANTS

Le halo  jaune de la bougie remuait lentement sur la surface décrépie de la table de bois. Les yeux pales rivés sur les veines qui traçait ces ridules épousé par la lumière et l'ombre, réinventant la vie un instant. Lors, d'un instant, l'enfant comprit que le mort et le vivant étaient des choses avec les mêmes teintes et les mêmes codes. Le bois en s'arrachant à ses racines perdaient ses couleurs et s'infestaient de toute bête lentement ronger, ses muscles solide veiné et au tracé de tendon de végétal, le son des os et des organes étaient simplement différent. La demeurait le corps, juste plus rouge et plus perméable. Finalement, l'existence quel qu’en était son origine, l'être, sans âme, était juste d'un rappel permanent à l'ensemble du reste, une continuité logique. Le petit garçon à la tignasse d'un blond délavé posa sa main contre la surface, s'imaginant un instant que son intérieur faisait corps avec celui inerte sous sa paume. Le silence étrange de cet état de grâce dans l'harmonie fut rompu lorsque son regard cristallin vint regarder ses ombres derrière la porte valsé et se découpé à la large lame, d'un ballet ingrat. Cela criait, le gosse le savait, les voix étaient hautes monstrueuses, animé par les carcasses sombre des adultes. Il était bien trop jeune pour en saisir tout le sens, tout ce qu'il comprenait c'est que la table et lui devrait mieux faire les morts, pour s'éviter la décharge.


«  Il est trop petit, il ne comprend pas se qu'il fait ! »

«  Aucun enfant ne fait ça ! Tu m'entends ? Tu as fais ça toi ? On a déjà plusieurs enfant et aucun n'ont fait se qu'il a fait ! »

«  S'il te plait... tait toi il va nous entendre. »

Cette femme qui le défendait l'avait toujours fait, car une mère, car étant l'être ayant porté cette toute petite créature qui se laissait glisser sous la table et s'enroulait autour d'un de ses pieds dans l'espoir de fusionné avec. Alors, que les termes revenaient en boucle, d'un débat stérile, ou l'un cherchait à faire entendre raison à l'autre, le père abandonna et regagnait la pièce ou son fils s'était tranquillement mis dans un rôle d'objet. Sans ambages, il vint déloger la carcasse frêle de quatre ans peut être, l’extirpant de la nature morte sur lequel il s'était greffer et vint le traîner jusqu'à l'extérieur enneigé, hors de la petite cahute. Le jeune garçon, blond comme les blés, toujours dans son rôle fermé de meuble se laissa trainer sans plainte ni mot. Le grand et puissant patriarche ne fit pas fit de se comportement étrange que son plus jeune avait régulièrement, aussi il le lacha dans la neige, dans laquelle le môme se laissa tomber et avaler. Les yeux bleu dans le blanc il se laissa absorber lentement, par la neige fondante sous sa chaleur, ne clignant pas même les yeux, s'enfonçant doucement et avec calme, ignorant le gel. Puis, alors que ses rétines mesuraient chaque millimètre en plus dans le cœurs du manteau blanc, un objet tomba sous son regard. Il ne sursauta pas, jouant parfaitement le mort, respirant à peine et contemplant avec un creux dans l'ame la pelle que venait de jeter son père face à lui.


«  Creuse. »

Le môme n’obéît pas pensant que s'il ne bougeait pas on finirait par l'oublier là et qu'il n'aurait aucune punition. A cet age l'on ne pense régulièrement pas comme ce gosse, ni avec ce cruel manque de discernement. Son corps se secoua plusieurs fois et il ne lacha son rôle, jusqu'au moment ou il comprit que la douleur qui l'assaillait n'était pas celle que devait ressentir la table lorsqu'il plantait sa fourchette dedans. Ce fut au bout de trois coups de pieds rageur d'un père furieux, dans le ventre, qu'il reprit son rôle de vivant se redressant et empoignant de sa petite main la pelle. Il creusa péniblement, c'était une bien grosse pelle pour un si petit bonhomme, aussi grosse que la culpabilité que tentait de lui faire assimiler son géniteur.

«  tu sais se que tu as fait Jaden ?  Tu regrettes ? », gronda l'homme.

«  Pourquoi ? »

«  Tu sais se que tu as fait au chat des voisins Jaden ? » répéta las Luka.

«  On jouait. »

«  Ce n'est pas UN JEU ! T'as de la chance qu'on ne dise rien au voisin. »

Celle ci n'était selon le jeune garçon pas volé, car la main qu'il prit en pleine figure le renversa dans la neige et de nouveau il se laissa couler dans la calotte. Luka attrapa la pelle rageur et retournait dans la maisonnette en bois pauvre, stipulant sur son départ, que son fils devrait finir de creuser et d'enterrer le chat avec les mains. Alors, que le jeune petit garçon au nom de Jaden restait là à moitié enfoncer dans la neige, il contemplait le petit sac ou demeurait l'animal dont le jeu avec lui avait vallu sa situation. Jaden ne se demandait jamais quel était les conséquences de ses actes et en rien il ne comprenait le mal qu'il avait pu faire pour en arrivé là. Peut être aurait il du dire que le félin l'avait griffé ? Non, cet enfant fut un temps n'était pas un menteur, il était d'une cruelle vérité.
Il retraça chaque instant pouvant expliquer pourquoi à cette minute il préférait être une banale chaise ou un tas de bois mort
.

Le jeune garçon au regard clair aimait dévalé les pentes neigeuses qui menait au lac depuis la cime de la falaise ou était perché leur fragile maison. Aujourd'hui, fut un jour en tout point similaire à ses autres ou il exécutait se rituel après le goûter. Régulièrement, il ne croisait personne dans sa descente jusqu'au givre du lac. Mais, parfois, il y avait Bacchus le gros et gras chat de la femme vivant seule à coté de chez eux. L'animal aimait contempler la jeune tête blonde, d'un regard tantot menaçant, tantôt passif, sans jamais s'en approché. Jaden avait souvent et longuement plonger dans celui d'or de la bête, et se terrorisait simplement de la fente qui prenait place comme pupille, aiguisé et inquisitrice. Sa mère lui racontait souvent que le regard était le miroir de l'ame et vu celui de Jaden, la sienne devait être exceptionnelle. Un animal avec une fente pour discernement ne devait à l'évidence et celons l'enfant pas en avoir. C'était se possible vide dans une chose mouvante qui le terrifiait, il trouvait se chat bien creux, s'attendant presque qu'a l'intérieur de lui il n'y ai que du « rien » et ne pouvant définir le « rien » s'en retrouvait terrorisé. Il lui arrivait même parfois de l'assimiler à lui, se demandant si à l'intérieur de son corps résidait se même vide. En cette fin d'après midi particulière, le blondinet voulu voir comment un être sans ame pouvait réagir à une situation différente. Il empoigna dans un léger sourire son gros bout de bois préféré qu'il cachait toujours dans le petit trou prêt du lac qu'il avait creuser avec ces doigts et regagnait le noble animal posé tranquillement sur la neige le contemplant. Le chat ne s'attendant pas à cette première approche fit glisser doucement ses oreilles en arrières en voyant le petit bonhomme se ruer vers lui d'un pas ferme et décidé. Il n'en bougea pas pour autant car se qui allait se passé pour la pauvre bête était une surprise autant pour l'animal, que pour le petit garçon. Arrivé au niveau du félin, les pied enfonçés fermement dans la neige, le petit garçon par excès de perversion, tapa à la tête à coup répété et brutal, sans aucune maitrise de sa maigre force, le chat qui de sa grosse carasse et sa prise au dépourvu, ne prit la peine de s'enfuir. L'enfant tapa plusieurs fois, renforçant ses certitudes en entendant le chat miaulé bruyement, mais partir d'une lenteur affligeante. Lors de cet instant, ce fut non pas de la méchanceté pour le jeune garçon, nullement, juste de l'expérience, comme si il tapait sur une roche et que cette dernière mugissait des « poc poc ». Il n'y avait aucun mal dans le regard bleu clair de cet enfant alors qu'il assénait les coups de manière effrénée. Si l'on ne criait pas lorsque l'on tapait dans un cailloux, pourquoi cet chose sans âme elle avait outré son père et même sa mère ? Il avait vu maintes fois Luka planté sa hache dans un arbre... quel était la subtile différence ? Dans ses souvenirs Jaden ne le décelait pas... du moins pas encore. A force de bâton s'écrasant et écorchant des lambeau de poil et de peau du pauvre animal battu, Bacchus finit par simplement s’effondré, la tête sanglante et l’œil crevé d'une branche, dans la neige. Son petit cadavre eut quelque spasmes et gisait là après avoir lors de dernière instant remuer la neige avant de reprendre son calme vide auquel l'enfant l'assimilait tant. Les cheveux blond dans les yeux, le mome de quatre ans regardait la carcasse s'enfonçé dans la neige, elle aussi le dernier œil ouvert, contemplant chacun des millimètre ou il s'enterrait un peu plus dans l'épaisse poudreuse. Le gosse qui le regardait avec ce même calme continua les quelques coups, mais vit que cette fois ci, il était réellement bien vide. Il eut un haut le cœur en regardant la chose étendu dans la congère et allait pour partir jeter son bâton et retourner voir ses frères mais une dernière chose le retint.
Passage Choc:
 
C'est là que son père l'aperçu, d'abord un silence choqué, puis une colère noire. Après des questions, bien trop de questions pour trop peu de réponse.

Malgré tout se film repassant sans peur sous les yeux de cet enfant au visage d'ange à moitié plongé dans la neige, il ne comprenait pas. Il ne savait quoi faire. Alors, il pensait que la justice était qu'il aille dans le trou avec le sac imbibé de sang et se répandant dans les cristaux de neige. Il ne prit aucun embage, visiblement largué par l'enchainement inexpliqué de sa situation. Il glissa, le chat mort emballé dans les bras, au fond du trou fabriquer et attendit. Il attendit longtemps, suffisement pour que la nuit noire s'impose, le gel gagne ses os et qu'il finisse par fermer les paupières d'usure contre la paroi du petit trou étriqué dans lequel il s'était loger. Ce fut sa mère morte d'inquiétude qui récupéra son petit corps congélé et endormi par le froid, elle finit d'enterrer le chat dans le silence et plongea son fils sous les couvertures. Finalement, les vivants ne pouvaient réjoindre les morts, un fossé d'enterrement résidait entre eux. On se moque bien du vide de se qui ne parle pas, et à bien s'y comparer, Jaden ne se voyait pas mieux que son père, sa mère, les arbres, la neige ou encore le chat. C'est peut etre comme ça que l'on commence à donner une autre définition au monde, à la chair , à la vie à la mort, au bien et au mal.
Elle veilla longtemps à son chevet attendant une réponse ou un signe de son garçon préféré, au visage si parfait et angélique. Aucune réponse ne survint cette nuit, sauf cet horreur subtile que Luka jeta en passant devant la porte ouverte et mirant l'inquiétude de sa femme, cette simple évidence qu'elle chercha à tout prit à oublier.


«  Aucun Enfant Normal Ne Fait Ca »




Texte de Cyrin




Allongé sur les toits du Promontoire, je regarde le ciel nocturne. La garde de cet imbécile ne me trouvera pas ici, pas de souci à se faire. Après tout, qui penserait à chercher l’amant de sa fille au-dessus même de sa propre chambre à coucher ? Elle était mignonne, la petite. Avec de beaux cheveux blonds, la peau aussi douce qu’un pétale de rose et des yeux gris-verts. Jolie petite poupée.

Je ferme les yeux et je me laisse pousser un soupir. Lance une pomme en l’air.

Elle avait les yeux de la même couleur que toi, ce jour-là.


Jamais de la vie, on ne l’oubliera…


Ce n’était qu’un jeu tout ça, ça n’avait pas grande importance. Comme souvent, tu m’avais proposé d’échapper aux leçons sur l’histoire d’Ascalon. Et moi, j’avais cédé à la tentation. Sérieusement, qui ça intéresse, Ascalon ?

On s’en fout des charrs et des fantômes maudits quand on est en Kryte et que le soleil brille haut dans le ciel.

On s’était réfugiés dans un grenier, je crois. Je me souviens de l’air qui était lourd et sentait le vieux. Des rayons dorés passaient à travers les planches en bois du toit et on pouvait voir toute la poussière en suspension.

Je ne sais plus pourquoi on avait commencé à se chamailler. Je ne sais plus qui a ouvert les hostilités.
C’était pas la poussière, le sujet de dispute ? Ou peut-être le fait que tu étais meilleure que moi avec une épée. Moi, en tant que fils ainé d’une lignée noble, j’avais le droit aux leçons des meilleurs professeurs. Toi, c’était avec le forgeron que tu apprenais et tu arrivais quand même à me désarmer 7 fois sur 10.

Il y a de quoi rager, quand même, non ?

Donc, oui, on avait commencé à se disputer. Gentiment. Le ton était un peu monté et les gestes avaient commencé à se faire plus passionnés. Et au bout d’un moment, on s’est arrêtés.


On s’est regardés, comme si on se voyait pour la première fois.


On était essoufflés, après en être presque venus aux mains. Ta chemise de gros drap pendait, bien trop large, sur ta silhouette fine, musclée par le travail à la forge. Tes cheveux noirs étaient en bataille et tes joues étaient rouges. Le soleil accrochait la sueur qui perlait sur ta poitrine de garçonne.

Je t’ai couchée dans le foin et tu t’es laissée faire. Tu m’as lancé un regard clair avec ton sourire toujours insolent. Et maintenant, David, tu fais quoi ?

Là, j’avoue, au fond de moi je n’en menais pas large. J’aurais bien échangé tout Castelbleu contre une seule expérience antérieure. Mais j’ai affiché un air confiant, un sourire qui disait « je te tiens !» et j’ai fermé les yeux pour que le courage ne me déserte pas. Pour avoir le courage de réclamer ma récompense.

Puis je me suis penché sur toi.  


Que ce soit en grande pompe, comme les gens biens
Ou bien dans la rue, comme les pauvres et les chiens…



Quand je repense à ce qui a suivi, ça me fait toujours sourire. J’avais quoi ? À peine quinze, seize ans ? J’y connaissais strictement rien. C’était maladroit, c’était brouillon. Je crois qu’à un moment donné, tu en as eu tellement marre que tu as pris la chose en main, si on peut dire.

C’est aussi à ce moment-là que j’ai réalisé que tu n’étais pas aussi innocente que je voulais bien le croire. Je veux dire, comment tu aurais su quoi faire avec autant de facilité, sans ça ?

Après coup, je me suis tourné vers toi, dans le foin chaud, et j’ai voulu parler. Je voulais te dire… Mais tu as souri et tu as posé ton doigt sur mes lèvres. Tu m’as réduit au silence en secouant la tête.

« Ne le dis pas, David. Ne gâche pas tout. »

Il y avait un accent un peu triste dans ce sourire. Ça aurait été un mensonge, évidemment. Nous ne nous aimions pas, tu le savais mieux que moi. L’amour, ça tue l’amitié.

Tu as tendu la main vers mon visage mais le bruit d’un cor a arrêté ton geste. A rompu la magie. Nous nous sommes redressés et rhabillés le plus vite qu’on a pu et nous sommes dirigés vers les remparts. Le cor ne pouvait signifier qu’une seule chose : le château était attaqué.


Jamais de la vie, on ne l’oubliera
La première fille qu’on a pris dans ses bras.



La pomme retombe dans ma main et je rouvre les yeux avec un sourire amusé. Oui, la petite de ce soir avait les yeux de la même couleur que les tiens. J’en ai connu des filles depuis. Des boutons de roses et des femmes expérimentées, des filles honnêtes et des putains…

Mais même quand j’avais oublié mon frère, ma famille, mon devoir, le souvenir de ce jour m’est resté. Qu’est-ce que tu es devenue maintenant ?  Est-ce que les centaures t’ont tuée, comme ils ont tué Père et Mère ? Ou est-ce que tu as pu t’en sortir et devenir forgeron comme tu le voulais ?

Je me redresse et m’étire. Ça n’a pas vraiment d’importance, en fait. Les gardes ont dû partir et je n’ai pas vraiment envie de m’attarder plus que de raison. J'ai des choses à faire et des gens à voir.




Texte de Eliandir


Pensée volatile


La nuit sur les collines de Kessex redonnait ses lettres de noblesse à ces contrées désormais dévastées par la guerre. Les vestiges du monument érigé par les kraits semblaient presque beaux lorsque la lune leur donnait son halo.
Quelque part sur ces terres déchirées, se trouvait les ruines d'une vieille maison, inhabitée avant même que les débris de la tour ne la réduise en vestiges.
Cette nuit là, dans un silence qui aurait pu laisser penser que les lieux étaient sans dangers, une ombre glissa parmi les décombres, déambulant comme à la recherche de quelque chose. Arrivée dans ce qui fut une salle à manger, elle s'arrêta, ramassant un papier déchiré sur le sol chargé d'années de poussières.
Un son, comme un rictus, se fit entendre lorsque la silhouette parcourut rapidement des yeux les écrits lavés par le temps sur le papier.

Jour 17 :


Résult... Satisfaisants.
Doit test... en milieu insonorisé.
Améliorati.... psyché.


...Doit tenter d'aller plus loin.


La brume des souvenirs l'enveloppa alors qu'il descendait un escalier miraculé, atteignant une cave.
Brusquement un flash. Alors qu'il posait les yeux sur Elle.
Elle lui avait presque manqué... Après tout s'il était là, c'était un peu grâce à Elle. Dans sa splendeur cliquetante et soyeuse, l'un des esprits les plus grands de ce monde avait vu le jour.
Il ressentait encore sa caresse sur ses poignets et ce goût métallique si subtil lorsqu'elle lui apprenait, lentement, qui il était.
Il ferma les yeux, inspirant dans un frisson glacé les miasmes de son enfance. Se laissant porter par la reconnaissance qui l'envahissait.

...

Douleur.
  Il le revoyait enchaîné, les liens d'acier lui mordant les poignets. Il sentait le courant affluer dans ses neurones comme une cascade d'acide directement versée sur ses nerfs déjà usés par les multiples essais.
Il le sent ouvrir les yeux, posant son regard sur un homme brun-roux plongé dans l'observation d'une console. Il tente de parler mais retombe dans un enchaînement de spasmes.
Cette succession de signaux s'entrechoquant émis au cerveau le rendait presque incapable de penser correctement. Mais il le fallait. Il voulait dépasser ses limites, faire croître ce pouvoir qui avait si bien fleuri en lui. Il serra donc les dents, attendant que la tourmente psychique cesse. Attendant les résultats.
L'étreinte rassurante de l'inconscience accueillit ses dernières pensées tandis que le processus s'achevait.
Noir.


-"Eliandir ? Vous m'entendez ? Allez, répondez bon sang !"

 Ses paupières semblaient lourdes comme deux chapes de plomb posées sur ses yeux. Il se forçait pourtant à les ouvrir, laissant un éclat de lumière transpercer son crâne.
-"Je... je vous entends... Professeur."

  L'homme qui lui faisait face posait son regard presque inquiet sur son sujet d'expérience. Bien bâti, la quarantaine, ses iris d'un vert éblouissant renvoyaient le regard malade de son cobaye.
-"L'expérience est un succès, J'ai découvert que l'objet réagissait positivement aux injections de magie qu'on lui envoyait. Des traces de votre pouvoir subsistent dedans !"

  Eliandir, toujours enchaîné, esquissa un sourire faible, soulagé que sa torture ne soit pas vaine.
-"Ce qui veut dire... Que l'on peut commencer l'expérience Anima ?"

  Le scientifique sourit de plus belle. Il tenait l'objet en question dans sa main, le faisant rouler dans sa paume. Eliandir pouvait distinguer ce qui semblait être une statuette entre les doigts gantés de l'homme.
-"Précisément, et peut être dès demain ! Profitez de votre nuit... A l'aube on commence l'opération."
Avec un soupir, il prit la main moite du sylvari attaché à sa chaise d'expérimentation.
-"Vous n'imaginez pas à quel point la science progressera grâce à vous... Et à quel point votre pouvoir peut servir de grandes causes. Vous êtes un héros, Eliandir."

  Le sylvari sourit de plus belle, oubliant comme par magie les heures de travail mental supportées pour en arriver là. Le scientifique ouvrit les liens en acier, libérant les poignets meurtris de son sujet, puis retourna à sa console après une tape sur l'épaule de ce dernier.
Eliandir se leva, et tituba jusqu'à sa paillasse, s'allongeant dessus, ne sentant pas combien son ossature se devinait maintenant sous sa fine écorce sombre. C'est en ayant l'impression de faire quelque chose de bien qu'il sombra pour une énième fois dans l'inconscience.
Noir.

  La silhouette rouvrit les yeux. Elle alla jusqu'à la chaise d'expérimentation, passant une serre sur le bois poli dans une caresse presque tendre. Elle se détourna et s'accroupit, ramassant un objet dans la poussière. A la lumière bleutée de la lune filtrant par l'escalier, il détailla avec amusement une petite statuette. Un corbeau stylisé apparemment, peut-être de manufacture Norne. Après l'avoir contemplée quelques secondes, il la replaça dans la poussière, dans ce lieu ou il était né.
Puis, comme un rêve, sa silhouette s’effaça dans la pénombre.



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